29 avril 2008
Un site internet consacré aux histoires de migrants
Histoires Migrantes est une archive des histoires de migrations, une histoire de notre présent à travers les récits des migrants. Elle n’est pas une page web de débat sur les migrations mais un lieu où déposer des expériences directes de migration.
Il est possible de proposer à la publication des recueils de témoignages
Plus d'infos
25 février 2008
Cela nous est arrivé dans le XX a Paris il y a maintenant un mois
Source : http://paris.indymedia.org/article.php3?id_article=95800&id_mot=73
Une bien triste histoire
Cela nous est arrivé dans le XX a Paris il y a maintenant un mois.
Un ami peut disparaître du jour au lendemain. Sans l'avoir voulu et sans être mort non plus. Un ami peut disparaître du jour au lendemain et vous pouvez mettre 20 heures à l'apprendre. Un ami peut réapparaître du jour au lendemain parce que c'est un homme bien, qu'il a des amis et des amis d'amis…
Boubaker a disparu une nuit parce qu'il traversait la Place de la Nation à proximité d'une voiture de police. Il n'était pas seul mais c'est à lui seul, brun aux yeux marrons et au teint bistre, que les policiers ont demandé ses papiers. Il n'en avait pas mais, fier de son nom, il l'a donné et l'ordinateur policier a parlé : Boubaker, sans papier, avait déjà l'obligation de quitter le territoire.
Cette nuit-là, les policiers étaient pressés. Dans un bureau du commissariat, il lui demande de se déshabiller. Fouille au corps, humiliation gratuite C'est avant même de lui signifier sa garde à vue (et ses droits) qu'ils l'ont auditionné. Boubaker est fier et n'a pas honte de sa vie : aux policiers il dit sans détour qu'il est ici depuis neuf ans, marié à une Française mais séparé, comme tant d'autres couples… Parce que Boubaker est fier, il se dit qu'il a peut-être des droits. Il demande un avocat ; les policiers lui en promettent un, plus tard. Boubaker refuse de signer le PV d'audition. Tan pis. Nuit en cellule, mal de tête et pas le droit de fumer. Lorsqu'au matin Boubaker demande un médecin, les policiers lui mettent un marché en main : si on t'autorise une cigarette tu renonces au médecin ? Boubaker persiste quelques heures puis accepte. Il a vraiment besoin de fumer : on lui a appris qu'il était frappé par un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière (APRF). Il a, pour faire appel, 48 heures, y compris les nuits.
H - 42, il est 15 heures. Boubaker arrive menotté au centre de rétention de Vincennes. Découverte du bureau de bureau de la Cimade, seule association autorisée à être présente dans le centre de rétention. Un bénévole l'écoute et l'avertit : c'est sérieux, il peut vraiment être renvoyé en Algérie, très vite. H -39, BOUBAKER appelle un ami, son voisin du pays, son compatriote à Paris. Le centre de rétention - c'est la loi - n'est pas une prison. On peut recevoir des visites à condition que les visiteurs aient le temps : le temps d'attendre plusieurs heures qu'on veuille bien les faire entrer. ALI prendra le temps, deux fois par jour, tous les jours. La première fois, BOUBAKER lui dit : « Vas au bar, c'est là que sont mes amis ».
H-35, il est 22 heures, ALI parle à VLADIMIR qui appelle BOUBAKER. Il a un téléphone portable à cours de batterie et pas le droit à un papier et un crayon. BOUBAKER plein de colère rentrée. Déjà presque plus là. Si ses amis ne se bougent pas, il sera bientôt ailleurs. Par texto, il recevra le numéro d'un avocat et des encouragements.
H-24, c'est mardi matin et tous les amis sont prévenus. Il y a urgence. Il faut tisser un lien entre BOUBAKER et l'extérieur, contacter la Cimade à l'intérieur. LALI et TIM téléphonent aux amis, aux connaissances. Numéro trouvé et composé, le bénévole au bout du fil voit, hasard heureux, BOUBAKER entre au même moment dans son bureau. Le contact est établi. Le bénévole, bienveillant et efficace, peut enfin expliquer aux amis la liste des pièces à rassembler. Il faut d'abord l'acte de mariage. BOUBAKER l'a perdu il y a quelques temps, il ne sait plus. Pour en obtenir un autre, il doit se présenter en personne à la mairie mais il ne peut pas. Il peut aussi faire une procuration à un ami et l'accompagner d'une photocopie de sa pièce d'identité. Oui mais voilà, BOUBAKER n'a pas de papier. Il est 14 heures. La mairie ferme à 17 heures. Chacun de leur côté, ANTOINA et ALI se démènent. Le premier appelle les élus qu'il connaît, un par un jusqu'à obtenir l'assurance que l'acte sera quand même donné. ALI fait la queue au guichet. Quand son tour arrive, le papier est prêt. Il est transmis à la Cimade qui peut enfin (H -15) présenter un recours contre l'APRF. BOUBAKER est marié à une française mais le motif est faible car il a reconnu ne plus vivre avec sa femme. Il a 40 ans et pas d'enfants. Le dossier se présente très mal. Les amis se sentent impuissants. Et pourtant on ne lâchera pas l'affaire.
Tribunal numéro un. Mercredi, l'avocate compte demander la remise en liberté de BOUBAKER. Ce serait bien si les amis pouvaient venir pour prouver ses attaches en France. A quelle heure ? Le greffe du tribunal dit 15 h 30 peut-être 16 h 30. A 13 heures, BOUBAKER appelle : il est déjà dans un fourgon et arrivera au tribunal à tout casser dans une demi-heure. Dans ces affaires-là ni les juges ni les greffiers n'aiment la publicité, alors si on peut l'éviter… Huit amis sont venus en urgence : ce n'est pas beaucoup parce que beaucoup travaillent. Sur les lieux, BOUBAKER apprend que les policiers l'ont contrôlé, officiellement parce qu'il avait traversé la Place de la Nation en dehors d'un passage clouté… C'est un motif très courant pour arrêter des sans-papiers. L'avocate attaque : ce contrôle-là était « discriminatoire » (l'homme blanc à proximité de BOUBAKER n'a pas eu à montrer ses papiers), « baclé » (il n'est pas prouvé que BOUBAKER était à plus de 50 mètres du passage clouté) et les droits de la défense ont été bafoués quand BOUBAKER a été auditionné avant que sa garde à vue lui soit signifiée. Comme tout cela ne figure pas sur les procès-verbaux, le juge des libertés considère que c'est « parole contre parole » : celle de l'amené contre celle des policiers. Il choisit celle des policiers. « Vous êtes quand même garant des libertés individuelles », lui rappelle l'avocate. En vain.
Tribunal numéro deux. Le rendez-vous est fixé à jeudi 13 heures au tribunal administratif pour tenter de faire casser l'APRF. D'ici là, il faut trouver des papiers prouvant que BOUBAKER a des attaches en France. TIM. cherche à obtenir des quittances de loyer pour la chambre d'hôtel que BOUBAKER loue 600 euros par mois. Le propriétaire est un marchand de sommeil : si BOUBAKER est expulsé, il en trouvera un autre, il ne va pas en plus lui fournir des reçus pour l'argent versé. LAURA cherche la femme de BOUBAKER : elle ne viendra pas. ALI trouve un papier, un seul que l'avocate pourra utiliser. C'est tendu. Il faudra du monde.
Jeudi 13 heures. Au tribunal, les amis se retrouvent. Ils ne sont plus huit mais douze puis trente et bientôt 45. Il y a les clients du bar, ceux qui ont sympathisé avec BOUBAKER, ceux qui ont passé des soirées à discuter avec lui de pays, de musique, de vie, ceux à qui il a rendu service ou encore ceux qui le connaissent moins mais aiment sa musique, ses chants kabyles et ses solos de guitare, les soirs de fêtes et les soirs de peines. On est là toutes générations confondues, hommes et femmes, étudiants, cadres et chômeurs, joueurs alternatifs et fonctionnaires concernés. Avec la peur au ventre, les larmes aux yeux et le sourire de soutien. BOUBAKER nous voit, nous salue et redresse la tête. Première victoire : l'avocate pourra s'appuyer sur notre présence. BOUBAKER a une vie en France, des amis et des voisins prêts à se déplacer pour lui. BOUBAKER a même une promesse d'embauche, signé il y huit mois par un ami du bar. L'avocate montre le papier et l'ami. BOUBAKER n'est pas qu'un sans-papiers : c'est un humain « intégré », une personnalité dans son quartier. L'avocate sait aussi se servir des failles du dossier. Elle tourne en dérision le motif de l'arrestation : traverser en dehors des clous… « C'est très grave », ironise le président du tribunal. Deuxième victoire. BOUBAKER est un homme honnête, poursuit l'avocate : il ne vit plus avec sa femme et il l'a dit aux policiers. Pour l'accusation, BOUBAKER est un délinquant qui travaille au noir puisqu'il n'a pas de feuille de paie. Oui BOUBAKER travaille au noir mais s'il avait des feuilles de paie, on l'inculperait d'usurpation d'identité. « On ne peut pas demander tout et son contraire à une personne », remarque l'avocate. Il aurait pu au moins payer des impôts, tente l'accusation. « C'est kafkaïen », tranche l'avocate. Risqué. Reste à brandir le seul papier d'identité dont BOUBAKER dispose. Il y a quelques années, il a perdu son passeport et la préfecture de police lui a délivré un récépissé assorti d'une phrase très officiellement tamponnée : « document valant titre provisoire de séjour ». BOUBAKER est entrée légalement en France, on aurait dû lui signifier une nouvelle obligation de quitter le territoire et attendre un mois avant l'APRF. La jurisprudence est formelle et le tribunal administratif est sourcilleux sur la jurisprudence Alors l'avocat de la Préfecture de Police, reconnaît que l'acte à été rédigé sur une base fausse, plutôt que de le reconnaître invalide, et demande d'en changer la formulation à posteriori, ce que bien sur l'avocate réfute formellement. L'audience est terminée. Les 45 amis se lèvent en même temps et vident la salle. Sur le parquet, 90 pieds qui marchent, cela fait du bruit. Le président du tribunal sursaute. Il doit interrompre quelques minutes l'énoncé du cas suivant parce qu' « on ne s'entend plus ». Il y avait vraiment du monde pour BOUBAKER.
Trois heures plus tard, quelques amis sont encore là. Le président du tribunal lit ses huit délibérés (huit sans-papiers jugés) à toute vitesse. Est-on sûr d'avoir compris ? L'APRF de BOUBAKER est cassé. Il faut lui donner un peu d'argent avant qu'il ne retourne à Vincennes. Mais non, BOUBAKER est libre, tout de suite. Le soulagement, la joie, la fête… Pas pour tout le monde. Sur les huit sans-papiers comparaissant ce jour-là, deux seulement ont été libérés. Les deux qui avaient des amis ou de la famille à même de leur choisir un avocat. Les autres n'avaient qu'un avoué commis d'office, un homme de loi qui n'avait eu que quelques heures pour monter un dosser. Parmi eux un Tchétchène, un homme renvoyé dans un pays où sa vie est en danger.
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le mardi 26 février 2008 à 12h19 |
21 septembre 2007
Dépôt de dossier, nouvelle procédure
Nous avons accompagné une jeune majeure déposer son dossier à la préfecture et la personne qui nous a reçues nous a informé d'une modification dans la procédure (JM ou pas d'ailleurs) depuis le 1er septembre.
Il n'y a plus dorénavant de "ticket réservés". C'est à dire que la personne qui veut déposer un dossier va à la préfecture (et fait la queue). Elle est reçue à un guichet et se voit remettre un dossier à remplir. Dossier, qu'elle doit renvoyer par la poste ou déposer à la préfecture avec les pièces demandées (en gros, ce sont celles qui étaient demandées lors du 1er RV : passeport avec visa, acte de naissance, domicile...). Suite à cela, et si le dossier est complet, la personne est convoquée à la préfecture (bureaux 16 à 19, c'est à dire qu'elle ne fait pas la queue) pour un dépôt de dossier. Bref, cela fait un déplacement de moins et c'est censé raccourcir les délais.
RESF Romainville
19 juillet 2007
Eloignements : témoignage des personnels navigants d'Air France
Des personnels navigants commerciaux et techniques étaient rassemblés le 12 juillet au Carroussel du Louvre, à l'occasion de l'Assemblée Générale des actionnaires d'Air France, pour communiquer sur les conditions dans lesquelles s’effectuent les expulsions à bord d’avions de la compagnie.
Ils ont expliqué que certains commandants de bord refusent
de transporter des passagers contraints à leur bord. Par respect pour
la personne éloignée et pour protéger le personnel navigant et les
passagers de scènes qui sont souvent d'une grande brutalité.
"-
Quand on me prévient qu’il doit y avoir ce type de passager sur un de
mes vols, je descends toujours dans le fourgon de police avant
l’embarquement. Je salue tout le monde -les policiers comme celui qui
doit être reconduit- puis je demande à ce dernier s’il est volontaire
pour le voyage.*"
Ce sont ces gestes que l'histoire
retient quand il s'agit de droits civiques et de libertés
fondamentales. Merci à ces commandants de bord pour leur humanité et
leur courage.
*Interview de Jean Paul Maurel, commandant de bord, membre du syndicat des pilotes
Air France : les équipages ne veulent plus être des supplètifs de la police
Interview de Philippe Decrulle, chef de cabine, CFDT
Télé Libre : AG Air France - interviews des personnels navigants et des actionnaires
Communiqué de presse du Syndicat CGT d'Air France
Voir aussi
Les personnels d'Air France contre les expulsion
L'article d'Afrik.com
Action devant Air France à Montreuil
06 juillet 2007
1998 : moratoire d'Air France sur les expulsion
Rappel historique : suite à une lutte déterminée, la compagnie Air France avait mis en place un moratoire sur les expulsions en 1998
En 1998, quelques dizaines de camarades réagissant à l'expulsion
de sans papiers en lutte du 6ème collectif, se relaient chaque jour pendant
1 mois pour être présents de 6h du matin à minuit sur l'aéroport Charles De Gaulle afin
d'informer tous les passagers de tous les vols à destination sensible de
leur possibilité de s'opposer aux expulsions.
Résultat
: des dizaines d'avions en retard et de multiples incidents dans des
avions font exploser Chevènement à l'assemblée (le lendemain tous les
militants qui se rendent à l'aéroport sont arrêtés) et font finalement
plier la compagnie (réduction du nombre d'expulsés par avion sur les
vols à destination de certains pays d'Afrique).
16 février 2007
Voyage judiciaire
13H30 : Arrivée au TA de Paris pour l’affaire du camarade L. de Vicq d’Azir Paris 10ème .
15H00 : Toujours pas de nouvelle de L. Madame la greffière me dit que camarade L. est en ce moment à la cour d’appel du 35 bis et qu’il est peu probable, vu l’heure, qu’il passe au TA. Je propose aux camarades de RESF de nous transporter au Palais de l’Injustice plutôt que d’attendre bêtement une arrivée hypothétique du camarade L. au TA. Nous décidons d’y aller.
15h30 : Nous arrivons à la cour d’appel du 35bis juste à temps pour assister au jugement. L’avocat de L., Maître F., parle de rafle et d’un contrôle d’identité sans le contrôle d’un magistrat et conteste la procédure ainsi que le délai fixé par l’officier de police judiciaire (opj).
L’avocat du capital conteste l’argumentation de Maître F., avocat de L. L’avocat du capital dit que, le jour de l’interpellation à 14h30, la notification a été faite par l’opj pour la garde à vue (gav) et qu’à14h34, la notification des droits a été faite (voir le mémoire judiciaire) et que les délais étaient raisonnables.
Donc pas d’erreur de procédure.
Maître F. dit que l’infraction est flagrante, la juge du capital délibère et revient pour confirmer la décision du procureur en disant que le droit avait été respecté.
Le camarade L. est escorté par deux gardes du corps (GO) pour aller au TA.
Fin du premier round ; nous nous transportons au TA sans gardes du corps.
Deuxième round :
16h30 : au TA, camarade L. passe devant le juge avec son interprète. Maître F. plaide sur deux points : 1- moyen de droit ; 2- convention des droits de l’Homme et de l’Enfant.
L’avocat du capital dit que L. n’est plus un demandeur d’asile : il a été débouté de sa demande ; en plus, il a reconnu sur PV être venu en France pour travailler.
En conséquence, il demande l’application de la loi. Et pour ne pas séparer la famille, il fallait que les enfants accompagnent leur père en Chine, façon très polie de ne pas employer le terme d’expulsion d’enfants. Belle ordure, non ?
Maître F., tel un grand joueur de tennis, saisit la balle au bond et la lui renvoie avec talent. Il dit au juge que les pièces concernant la demande d’asile ne figurent pas au dossier et qu’en conséquence l’avocat du capital ne doit même pas en faire état dans cette affaire. En demandant l’âge des enfants, et en précisant que les pièces de l’asile politique ne figurent pas dans le dossier, le juge confirme l’argumentation de Maître F.
Maître F. venait d’asséner un bel uppercut du gauche qui mis illico KO l’avocat du capital (Á prendre au second degré évidemment ; cela ne se passe pas ainsi, et heureusement d’ailleurs).
L’avocat du capital fut sonné, mais à aucun moment il ne se montra complètement déstabilisé car il s’est rendu compte qu’en parlant de demande d’asile, il venait de tendre le fouet pour se faire fouetter. Il renvoie une droite à maître F. en argumentant que les enfants étaient nés en Chine et qu’ils devaient accompagner leur père pour respecter la loi.
Maître F. lui rend un direct du gauche en demandant la nullité de la demande et aussi de l’expulsion du camarade L.
Selon moi, l’avocat du capital savait à ce moment là qu’il avait perdu le combat, et maître F. qu’il avait marqué un très beau point.
Le juge se retire pour aller délibérer pendant plus d’une heure ce qui nous parut très long, car je me suis endormi un peu, fatigué par ce périple judiciaire.
Quand l’arbitre – pardon, le juge - revient, il déclare que le SP L. est libéré et que les poursuites sont annulées.
Sur plus de 10 dossiers, 3 ont reçus un avis favorable d’annulation, ce qui, selon moi, est exceptionnel.
Parmi les comités de soutien RESF 10ème, 11ème, 12ème et 20ème, personne n’avait imaginé la libération de L.
Nous étions très content et souriant, j’ai été voir les gardes du corps de L. pour savoir quand on pourrait récupérer L. Ils me disent tout de suite, et ce fut fait.
Nous avons raccompagné L. chez lui pour lui éviter d’être arrêté encore une fois. Toute sa famille était très heureuse de revoir L.
Mais nous avons rencontré une femme et son enfant de moins d’un an qui pleuraient sur le perron du TA : en discutant avec elle, nous avons appris que son mari avait gagné un voyage sur AirSarkozy.
Nous avions eu vraiment honte d’être heureux pour L., devant cette femme en pleurs et son enfant.
Il est à noter que la prochaine fois que nous rencontrerons une issue favorable pour un SP, nous devrons garder notre joie pour nous et l’exprimer en dehors du tribunal car voyez-vous, être heureux et souriant devant des familles qui pleurent aggrave énormément la désespérance des familles qui repartent sans leurs proches.
Quant à Maître F., qui a pu avec succès démonter et démontrer les incohérences flagrantes du dossier de L., nous le remercions chaleureusement.
18h45 : fin du sinistre épisode pour L. et sa famille.
.
Salutations révolutionnaires.
Céline Méméd.
15 décembre 2006
Visite à l'ANAEM
En réponse à une demande
d'information d'une marraine, une maman qui vient
d'être régularisée, lui explique comment se passe la visite médicale de
l'ANAEM.
Après avoir passé la visite de l'ANAEM qui est gratuite, les personnes régularisées seront convoquées à la préfecture pour retirer leur titre de séjour. A la préfecture on leur demandera de payer un timbre fiscal de 220 euros par personne.
Normalement on apporte les timbres fiscaux lors du rdv à la préfecture pour retirer le titre de séjour et pas au rdv à l'ANAEM.
Vous
n'avez rien à craindre là-bas. Les gens qui nous accueillent sont tous
très-très gentil et attentifs. L'ambiance est détendue. Moi aussi
j'avais peur d'y aller, surtout je ne savais pas quel genre de
questions ils vont nous poser.
Pour nous c'était comme ça.
D'abord on t'enregistre et propose d'aller s'asseoir dans une salle et
si on veut de boire une boisson. Après un préambule nous avons regardé
un film de 10 min "Vivre en France" à propos du système politique et
administratif en France. Puis notre groupe a été partagé en deux. La
première moitié est partie voir les travailleurs sociaux , la deuxième
dont nous étions - passer la visite médicale ( c'est au rdc et
les personnes qui accompagnent ne peuvent pas y entrer). Si vous avez
déjà une radio des poumons il faut l'apporter ainsi que vos lunettes.
C'était très long à attendre, c'est ça les inconvénients de cette
visite. D'abord on vous fait le radio, vérifie la vue puis un médecin
vous accueille et vous demande si vous avez des problèmes de santé et
propose de faire des vaccins. Finalement il vous donne le certificat de
contrôle médical.
Après on est allés à l'entretien avec une
auditrice sociale (qui était très gentille) avec elle on a rempli
ensemble notre fiche sur ordinateur . Cela lui permet de voir si vous
avez des problèmes pour trouver le travail, le logement, elle fait le
repérage social et linguistique. Je voudrais juste préciser que eux ,
ils ne peuvent pas aider les gens, mais vous diriger peut-être vers un
organisme, donc ce n'est pas la peine , a mon avis, d'expliquer tous
les soucis à cette dame, vous imaginez combien de gens passent chaque
jour par ANAEM le matin et le soir, du lundi au vendredi, et cette
visite n'est qu'une formalité. Vous pourrez dire, peut-être est c'est
vrai d'ailleurs, que la mairie de votre ville (notamment, l'assistante
sociale) s'occupe de vous. Peut-être là il ne faut pas dire que l'on
travaille au noir mais pour le reste on peut dire la vérité, je pense.
Si
vous comprenez et parlez le français vous recevrez l'attestation
ministérielle de compétences linguistiques, ils ne demandent pas le
français écrit. Il faut ne pas du tout parler le français pour ne
pas recevoir cette attestation. A la fin il faudra signer le
contrat d'accueil et d'intégration et on vous donnera le rdv pour la
journée de formation civique. Il faut garder tous ces papiers
précieusement car ils serons nécessaires pour la demande de la
nationalité dans 5 ans.
Bref, toutes ses visites-là ne sont que
des formalités. Si la carte est déjà en cours de fabrication ou déjà
prête, rien ne pourra changer la décision du préfet.
14 novembre 2006
Mobilisation payante à l'aéroport de Marignane
Le 11 novembre 2006, les réseaux de soutien à Lahscene Diouibi se mobilisent pour empêcher son expulsion à l'aéroport de Marignane. M. Douibi a été libéré à 18h, le soir même.
L'intervention a été filmée et est retransmise par O2zone.
16 octobre 2006
Monsieur Diallo est libre
BONJOUR A TOUS,
BONNE NOUVELLE, DIALLO A ETE LIBERE, LA COUR D'APPEL A STATUE ET ANNULE L'APRF.
DE TOUT COEUR AVEC LA FAMILLE DIALLO, JE LE LUI TRANSMETS TOUTE MA SYMPATHIE AINSI CELLE DE RESF 93.
AMITIES,
ALI, RESF DU PRE ST GERVAIS
RAPPEL DES FAITS et Compte rendu de l’Audience de Samedi:
Monsieur Mamadou DIALLO, de nationalité malienne, qui habite aux Lilas (93) a été arrêté dans un contrôle de police à Paris, métro Châtelet.
Mr Diallo et son épouse entrent dans le cadre de la circulaire du 13 juin. Ils ont deux enfants scolarisés. Boulaye est en moyenne section à l'école Calmette et Baba est à l'école élémentaire Paul Langevin. Ils souffrent du saturnisme, une maladie due aux mauvaises conditions de logement.
Monsieur DIALLO a fait un recours gracieux au Préfet contre le refus de titre de séjour au titre de la circulaire Sarkozy, accompagnée d'unelettre de soutien du Maire des Lilas M. Daniel GUIRAUD.
Depuis son arrestation, Monsieur DIALLO est sous le coup d’un arrêté Préfectoral de reconduite à la Frontière émis par le Préfet de Paris. Il a fait appel de cet APRF. Le Tribunal Administratif, saisi en référé, statuera sur la requête en annulationde son APRF ce Lundi 16 Octobre 2006 à partir de 12 h 30 7, rue de Jouy PARIS (M° saint Paul).
Monsieur DIALLO comparaissait ce samedi matin devant la Juge des libertés et de la détention qui devait décider si ce père de famille devait être maintenu au centre de rétention de Vincennes ou bien, assigné à résidence chez lui.
Madame DIALLO (en situation irrégulière) avec ses deux enfants était présente à l’audience, ainsi que plusieurs soutiens du 93.
Monsieur Diallo justifie d’un domicile aux Lilas où il réside en famille depuis 2000, il dispose du soutien de la Mairie des lilas, des écoles et de RESF93.
Le Maire des Lilas a faxé à la Préfecture de Paris les éléments de la lettre de soutien de Daniel GUIRAUD et a rappelé que cette personne avait été parrainée.
Maître LEVILDIER assure la défense de Monsieur DIALLO.
Compte rendu de l’audience de ce matin samedi 14 Octobre 2006 au Palais de Justice de Paris pour Monsieur Mamadou DIALLO, Durée 10 minutes environ.
Monsieur Diallo parait, ses deux petits enfants émus viennent l’entourer, avant d’être reconduits à leur place.
Monsieur Diallo s’exprime en Français mais de manière rapide, la juge fait répéter à plusieurs reprises.
L’avocat de la Préfecture énonce que Monsieur Diallo n’a pris aucune disposition pour quitter le territoire malgré l’invitation qui lui a été faite il y a plus d’un mois suite à son refus de régularisation au titre de la
circulaire du 13 juin.,( pas de réservation de billet d’avion), ce qui
démontre( ?) que Monsieur DIALLO ne se plie pas aux injonctions qui lui
ont été faites et donc est susceptible de faire de même, en ne se
présentant pas à l’audience concernant son APRF. Il précise que le
recours fait par Monsieur DIALLO n’est pas suspensif et que une place
est retenue pour lui dans un prochain vol vers le Mali le 28 octobre
2006.
Maître
LEVILDIER, défenseur de Monsieur Diallo, s’étonne de le motif
d’interpellation énoncé sur le procès verbal est été le fait d’avoir
craché par terre. La juge répond aussitôt qu’il s’agit d’une
infraction, et rappelle la recrudescence actuelle de la tuberculose.
Maitre LEVILDIER, s’étonne alors que Monsieur DIALLO n’ait pas été verbalisé pour cette infraction comme il le méritait.
Maître
LEVILDIER présente la famille de Monsieur DIALLO à la juge, et lui
signale que c’est aujourd’hui l’anniversaire d’un des enfants.
Il
insiste sur les soutiens multiples dont elle bénéficie aux Lilas et au
Pré Saint Gervais. Il indique que le domicile, identique depuis 2000,
n’est absolument pas fictif, et que Monsieur Diallo, chargé de famille,
n’a aucune intention de fuir dans la nature en abandonnant ses enfants,
d'autant plus qu'il a toute la confiance des élus.
Maître
LEVILDIER remet à la juge une liasse de documents, justifiant du
domicile, de la scolarisation des enfants et des soutiens.
La juge parcourt rapidement les documents et énonce que Monsieur DIALLO sera maintenu en détention.
Pleurs de Madame DIALLO, les enfants sont apeurés.
L’avocat demande au juge si Monsieur DIALLO peut avoir une entrevue avec sa famille.
La demande est accordée mais hors de la salle d’audience, et pour très peu de temps.
La juge précise que les gendarmes ont beaucoup de travail ce matin et qu’il faut être bref.
L’entrevue
a lieu dans la salle d’attente. Il est interdit à Madame Diallo de
remettre le linge propre qu’elle tenait à donner à son mari. L’avocat
nous informe qu’il va faire appel et indique que Madame DIALLO pourra
visiter son Mari au centre de rétention cet après midi. Il pense très
peu probable qu’elle y soit arrêtée à son tour, il conseille
d’accompagner Madame.
Il
est scandalisé par la décision de la juge et nous cite des cas
précédents où des personnes présentant beaucoup moins de garanties que
Monsieur Diallo ont été libérées et assignées à résidence.
Il
insiste auprès des quelques soutiens présents, qu’étant donnée
l’adversité rencontrée il demande de solliciter des interventions
d’élus, des membres de RESF et autres associations pour faire évoluer
favorablement la situation de Monsieur DIALLO.
06 octobre 2006
Témoignage paru dans le "Poivron"
Le témoignage d’une famille régularisée au titre des enfants scolarisés
"on existait vraiment"
«Nous donnons une suite favorable à votre demande de régularisation…
vous recevrez votre premier titre de séjour début novembre… Le 18
octobre est prévue une visite médicale et une réunion (sans les
enfants) pour signer le contrat d’intégration»
Voici le
contenu de la lettre de la préfecture, une lettre tant attendue,
espérée par tant de familles, et faite à la famille F., montreuilloise
depuis 5 ans, algérienne, avec deux enfants scolarisés à l’école
élémentaire (7 et 10 ans).
Peu de temps avant, Sarkozy avait
annoncé le nombre de familles régularisées au niveau national : 6924.
Pour aller au-delà des chiffres, et pour avoir soutenu cette famille en
tant que marraine RESF, j’ai voulu savoir qu’elle avait été son
cheminement pour arriver à sa régularisation et comment elle vivait
aujourd’hui cet événement.
Chamia F. m’a donc raconté un petit bout de son histoire.
Cela
a commencé au détour d’un chemin…. «un samedi, par hasard je suis
passée devant la maison des associations où avait lieu une permanence
des sans-papiers». Chamia a fait part à une membre du collectif des
sans-papiers du refus de sa demande d’asile territorial en juin 2003 et
de la malhonnêteté d’un «médiateur» qui leur avait demandé 3 000
euros pour monter un dossier de demande d’embauche pour son mari,
infirmier urgentiste de formation. Comme cela arrive bien souvent, ils
n’ont jamais vu le dossier, ni revu le soi-disant médiateur. Lors de
cette permanence, on l’a informée qu’une réunion avec le réseau RESF
aurait lieu dans quelques jours. «J’ai décidé d’y aller, je voulais
tout savoir, j’étais curieuse de connaître comment ça fonctionnait…cela
faisait 4 ans 1/2 que nous ne faisions rien, c’était trop !» Elle a
ainsi rencontré les membres de RESF qui mettaient en place avec le
conseil général le premier parrainage de familles sans papiers en
Seine-Saint-Denis. C’est là que j’ai fait sa connaissance et décidé de
parrainer sa famille. "Ce parrainage était un peu vague pour moi, je ne
me rendais pas compte de ce que ça représentait… Mais à Bobigny quelle
surprise de voir autant de gens connus, moins connus… c’était ÉNORME.
Je me suis vraiment rendue compte de la mobilisation, que nous n’étions
plus tout seuls ! Je me suis sentie pour la première fois entourée,
plus tranquille car « ma famille était non-expulsable» au moins
pendant le temps de la procédure… et enfin un grand espoir pour mes
enfants qu’enfin ça change !…".
Chamia a déposé un dossier avec
RESF à la préfecture, fin juillet, avec 47 autres familles et a été
reçue avec elles à la préfecture le 7 août. Ses enfants ont pu partir
18 jours en colonie de vacances avec la ville de Montreuil,
gratuitement, pour qu’ils soient tranquilles. Paradoxalement, elle-même
a vécu cette période «comme un enfer». Si ses enfants et son mari, qui
s’occupait d’eux lorsqu’elle faisait toutes les démarches, étaient
contents, elle a vécu ce départ en colonie comme une séparation : «bien
sûr, j’étais rassurée, mais en même temps, pour la première fois,
j’étais séparée d’eux, la pire de mes angoisses».
Puis arrive la
rentrée scolaire et la relative tranquillité prend fin avec l’attente
de la réponse de la préfecture qui devient de plus en plus pesante :
«on nous avait dit que nous aurions une réponse début septembre. Tous
les jours je guettais le courrier. En plus, il y avait tous les jours
des informations qui circulaient, des «rumeurs» sur les quotas… C’était
très pénible, très dur… et puis des réponses sont arrivées au compte
goutte, négatives, positives… Un soir en rentrant chez ma belle-sœur
(de nationalité française…), où nous habitons, j’ai vu encadrée dans le
hall la lettre ! Je l’ai lue, lue et relue. Je n’arrivais pas à y
croire. Mon aîné (10 ans) a pleuré…. Nous nous sommes mis tout de suite
à faire des projets d’avenir pour les enfants, pour nous, … tout d’un
coup on existait vraiment».
Mais après quelques jours, à cette
euphorie a fait suite une culpabilité quand Chamia a appris que des
familles comme la sienne avaient reçu une réponse négative. Elle
n’osait plus décrocher le téléphone «par tristesse… pourquoi moi
et pas eux….c’est pour ça que je veux continuer, je ne baisse pas les
bras pour les autres qui n’ont pas eu ma chance. Si on a besoin de moi,
je suis là. Je parle l’arabe et le français, je peux aider des
familles».
Aujourd’hui, une quarantaine de recours ont été déposés…
Ce n’est pas fini, il reste encore trop à faire : nous avons besoin de
tout le monde !
Anne-Marie Heugas